Aux fusillés pour l’exemple

Extrait de l’intervention de Mme Patricia Fernandez-Pédinielli, maire de Port de Bouc, lors de la cérémonie commémorative de la signature de l’armistice du 11 novembre 1918 qui mît fin à la 1ère guerre mondiale : (…)Le traumatisme engendré par cette guerre dans la mémoire collective des peuples aura notamment 2 conséquences. D’une part, c’est la création d’un mouvement pacifiste international, regroupant les plus beaux esprits de l’époque, écrivains, philosophes, scientifiques et poètes, et qui tentera, hélas sans succès, de juguler la montée des nationalismes et de l’esprit revanchard en favorisant l’amitié entre les peuples.

D’autre part, à la suite du Traité de Versailles, en 1919, ce sera la création de la Société des Nations, précurseur de l’ONU, fondée sur l’idée majeure que seules des réponses conformes aux aspirations des peuples sont de nature à éviter le recours aux conflits armés.

(…)

Des décennies seront nécessaires à la France pour se remettre de cette saignée démographique. Pas une famille de France, de l’Outre-Mer, ou des colonies qui n’ait été touchée par la perte de l’un des siens, pas le moindre petit village qui n’ait son monument aux morts, égrenant la liste macabre des victimes de cette guerre.

Morts pour la patrie, morts pour la France, héros vaillants…Leurs noms sont consignés sur les monuments aux morts et chaque année, nous leur rendons hommage.

Mais permettez-moi de souligner, combien il serait légitime de rendre hommage aux « fusillés pour l’exemple », combien il serait légitime de réhabiliter leur mémoire aujourd’hui. Ils n’étaient ni lâches, ni froussards, ils n’étaient ni déserteurs, ni méprisables, ils étaient des hommes debout, des citoyens qui servaient la France et la République.

Brisés, éreintés par des combats perdus d’avance, baignant dans des tranchées ensanglantées, ils contestèrent leur envoi aveugle sur le front, refusèrent de sacrifier leur vie et celle de leur camarade, demandèrent un peu d’humanité dans une guerre aux bottes des marchands de canon. Ces poilus, officiers et soldats, ne refusaient pas de se battre, mais refusaient d’attaquer à outrance. Les représailles furent à la hauteur de l’ignominie guerrière. 2 400 « poilus » ont été condamnés à mort et 600 fusillés pour l’exemple, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

Ces Français oubliés, qui, en citoyens responsables, protestaient contre leur massacre organisé, demeurent des martyrs. Seuls une quarantaine de « ces fusillés pour l’exemple », dont certains ont subi la décimation,  ont été réhabilités.

Il est grand temps que la République Française, que le Président de la République, qui lui seul est chargé de ce pouvoir, les réhabilite tous.

Mesdames, messieurs, chers amis, Il n’est pas possible de détailler tous les sacrifices, tous les malheurs, tous les bouleversements enfantés par cette guerre sans pitié, que l’on disait la der des der. Ainsi, les intérêts économiques et leur recherche de bénéfices financiers particuliers créèrent la crise de 1929, elle-même à l’origine de la deuxième guerre mondiale.

Mais, toutes et tous, ici réunis, nous voulons une Europe de Paix durable, une Europe sociale et démocratique, c’est pourquoi, elle a besoin d’être construite pour les peuples et avec les peuples. Cette volonté partagée, est la source de tous nos espoirs. C’est elle que nous devons faire grandir, comme nous l’ont transmis les pacifistes et les résistants. N’oublions jamais les mots de Jaurès, assassiné à quelques jours de la première guerre mondiale, et avec lui la voix pacifiste de la France : L’humanité serait maudite si pour faire preuve de courage, elle est condamnée à tuer éternellement.

Cette culture de la Paix doit chaque jour être renforcée dans nos intentions et dans nos actes. Rendre hommage, en ce 11 novembre 2011 aux poilus de la Grande Guerre, c’est répandre un message de paix universelle, c’est partir à la conquête d’une société qui partage ses richesses et fasse bénéficier les peuples de la justice sociale et de la fraternité auxquels ils aspirent.

Veillons- y chaque jour. Osons des réponses progressistes.(..)

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